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La méditation et le jazz 6 : Wayne Shorter, la méditation et le sens de la vie

Lorsqu’il donne une représentation avec son quartet, Wayne Shorter joue « sans filet », comme il l’exprime lui-même. Il applique à sa musique le principe de la pleine conscience : être dans le moment présent.

« […] That word “jazz” is not a good enough word for being in the moment, but it suffices… But in the moment is so important to me because I see that the moment is a replica of eternity. You can’t have eternity without moments. So the moment is eternity, and eternity is that pathway…it’s a pathway strewn with adventure. Life is supposed to be a great big adventure with surprises all the way. »
[TRADUCTION]
(« […] Ce mot « jazz » n’est pas assez bon pour signifier être dans le moment présent, mais il peut suffire… Mais être dans le moment présent est fondamental pour moi, car le moment présent est la réplique de l’éternité. Vous ne pouvez pas avoir l’éternité sans le moment présent. Donc le moment présent est l’éternité et l’éternité est un passage… C’est un passage rempli d’aventure. La vie est censée être une grande aventure avec des surprises tout le long. ») – Wayne Shorter, Interview avec Larry Apelbaum, 2012

Lorsqu’il s’exprime, sa pensée fonctionne de la même manière, elle suit l’inspiration du moment. Elle peut paraître foisonnante ou même désordonnée, mais elle suit une logique sous-jacente et son sens apparaît au fur et à mesure. De grandes idées surgissent de l’ensemble de ces réflexions.

« This is… You don’t know. So there’s a lot of… When somebody is playing now, I’m almost demanding… I don’t want to ask them. I want to see what kind of story you’re telling me. “You got a story?” Even one made up, or something that influences your contribution to the mystery of us. The mystery of us is a great adventure. The quest…the pursuit of the constant… Don’t let the temporaries fool you! »
[TRADUCTION]
(« C’est, vous ne savez pas. Donc il y a beaucoup de… Quand quelqu’un joue maintenant, je me demande presque… Je ne veux pas leur demander. J’ai envie de savoir quel genre d’histoire vous me racontez. « Vous avez une histoire ? » Même si elle est fabriquée, ou quelque chose qui apporte votre contribution à la question du mystère de la vie. Le mystère de la vie est une grande aventure. La quête… La recherche de l’éternelle… Ne laissez pas ce qui est temporaire vous berner ! ») – Wayne Shorter, Interview avec Larry Apelbaum 2012

Wayne Shorter développe l’idée que toute activité humaine, dont la musique, contient en elle un sens profond qui peut ne pas apparaître de façon immédiate. La pratique de la méditation bouddhique est pour lui une des voies pour rechercher cette signification profonde de chaque chose.

« […] But regardless of cool you’re always celebrating the wonder of life and you want to celebrate it by giving something back to life, which means to the people. And what you give is what your profession is, so in my case it’s the music. That’s actually the greatest thing you can give to life in celebration of the wonder of it. Music that reflects life is an original gift to people. To me that’s the meaning of life: You have to do what you do―whatever that is―with the maximum possible faith. Does something exist without people? Take the word “existence”: Is it a valid term without people? A tree falling in the forest―is there a sound if there’s no one there to hear it? »
[TRADUCTION]
(« […] Mais indépendamment de ce qui est « cool » vous êtes toujours en train de célébrer les merveilles de la vie et vous voulez les célébrer en rendant quelque chose à la vie, ce que veut dire aux êtres humains. Et ce que vous donnez est ce que vous faites, professionnellement, donc dans mon cas, c’est la musique. C’est vraiment la plus grande chose que vous pouvez donner à la vie pour célébrer ses merveilles. La musique qui reflète la vie est un don particulier pour les êtres humains. Pour moi c’est cela le sens de la vie : quoi que vous fassiez, vous devez le faire avec le maximum possible de foi. Est-ce que quelque chose existe sans les êtres humains ? Prenez le mot « existence » : est-il valide s’il n’y a pas d’être humain ? Un arbre tombe dans la forêt, y a-t-il un son s’il n’y a personne pour l’entendre ? ») – Wayne Shorter, Interview avec Max Dax, 2014

Lorsqu’il est en master-class, Il pose cette question aux élèves : « La musique, ça sert à quoi ? »

« That’s what I’m talking about in the back-and-forth with kids about… Out of that, I start talking about when you play…when Charlie Parker said, “Forget all that stuff that you learned.” He was actually saying forget your ego. Because when you’re free of that, you have a story to tell. Your imagination is at work, your imagination about playing what you wish… It’s to challenge yourself to play how you would wish the world to be.
There’s a movie, Humphrey Bogart, the way he walks… Miles is watching it, he’s watching Humphrey Bogart, watching it on the screen one time, and he said, “I like the way he walks, man. Maybe I can play that. Can you play that?” »
[TRADUCTION]
(« C’est de cela dont je parle dans mes échanges avec les jeunes… À partir de cela, je commence à parler de ce qui se passe quand on joue… Quand Charlie Parker disait : « Oubliez tout ce que vous avez appris. » Il voulait dire qu’il faut oublier son ego. Car lorsque vous en êtes libéré, vous avez une histoire à raconter. Votre imagination fonctionne pour vous faire jouer ce que vous souhaitez… C’est relever un défi que de jouer « le monde à l’image de ce que vous souhaitez ».
Il y a un film avec Humphrey Bogart, sa façon de marcher… Miles le regarde, il regarde Humphrey Bogart sur l’écran et il dit : « J’aime sa façon de marcher, mec. Peut-être que je peux jouer ça. Peux-tu jouer ça ? »)
« I like that documentary where Sonny Rollins, he’s talking about Nica De Konigswater… I mean, it was about her, but he was asked… I don’t know if you saw that―that documentary, when he said he was asked, “Why do you play this bebop?” and he said, he doesn’t play…he’s not playing to show off (that’s what he meant) or as to how well they can execute or this or that. He said he’s playing this new music to be human. »
[TRADUCTION]
(« J’aime le documentaire où Sonny Rollins parle de Nica De Konigswater… Je veux dire, c’est un documentaire sur elle mais on lui a demandé… Je ne sais pas si vous l’avez vu, ce documentaire, quand il dit qu’on lui a demandé : « Pourquoi jouez-vous ce bebop ? » Et il dit qu’il ne jouait pas… Il ne jouait pas pour frimer (c’est ce qu’il voulait dire) ou pour montrer comment on peut interpréter ceci ou cela aussi bien. Il a dit qu’il jouait cette musique pour se sentir humain. ») – Wayne Shorter, Interview avec Larry Apelbaum 2012

EXERCICE : Jouer dans le moment présent

Une fois en transe méditative, jouez un son sans idée préconçue. Ce son va, de lui-même, vous inspirer un ou plusieurs autres sons. Accueillez ces propositions et jouez-les, sans les juger. Si aucune proposition ne vient, ne jouez pas et attendez qu’une inspiration naisse.
Écoutez votre instinct, il sait ce qui va vous faire vibrer, et ce ne sera pas forcément les mêmes options que celle que vous prendriez si vous fonctionniez selon une préconception de ce que vous « devriez » jouer, ou ce que vous supposez « devoir jouer pour bien sonner ».
Laissez-vous guider par votre inspiration, la musique qui va sortir sera celle que vous avez vraiment intériorisée, profondément.

La méditation et le jazz 3 : John Coltrane et la méditation

La genèse de l’album A Love Supreme est un bel exemple du rôle que peut tenir la méditation dans la création musicale.

Comme il l’exprime lui-même dans l’extrait ci-dessous, John Coltrane s’éveille à la spiritualité en 1957 :

« In the year of 1957, I experienced, by the grace of God, a spiritual awakening, which was to lead me to a richer, fuller, more productive life. »
[TRADUCTION]
(« En 1957, j’ai fait l’expérience, par la grâce de Dieu, d’un éveil spirituel, qui m’a conduit à une vie plus riche, plus peine, plus productive. ») – John Coltrane, liner notes, A Love Supreme 1964

Il s’intéresse alors à toutes les traditions religieuses et découvre ainsi la méditation.

« John was already interested in Eastern philosophy. Even though his family was Christian, he studied various other faiths, everything from metaphysics, Cabala, Hindu mysticism, Sufism, Buddhism, Islam and Judaism to numerology and astrology. In the early sixties John was very much interested in meditation and in the different ways people throughout the world honor God. »
[TRADUCTION]
(« John était déjà intéressé par la philosophie orientale. Même si sa famille était chrétienne, il étudiait d’autres croyances, s’intéressait à toute la métaphysique, la Kabbale, le mysticisme Hindou, le Soufisme, le Bouddhisme, l’Islam et le Judaïsme jusqu’à la numérologie et l’astrologie. Au début des années soixante John était très intéressé par la méditation et par les différentes façons d’honorer Dieu tout autour du monde. ») – Alice Coltrane, interview avec Susan L. Taylor, 1982

Il compose A Love Supreme au cours d’une session de cinq jours de méditation.

« A Love Supreme came from introspection and meditation. He had been upstairs [for maybe] five days. When he came downstairs, it was like Moses coming down from the mountain. It was so beautiful … the gifts God gave him. He walked down and there was that joy, that peace in his face, tranquility. So I said, “Tell me everything. We didn’t see you really for four or five days. Tell us what you’re doing and what’s going on.” He said, “This is the first time that I have received all of the music for what I want to record, in a suite, the first time I have everything, everything ready. »
[TRADUCTION]
(« A Love Supreme est né de l’introspection et de la méditation. Il [John] est resté à l’étage pendant [peut-être] cinq jours. Quand il est redescendu, c’était comme Moïse descendant de la montagne. C’était si beau… le cadeau que Dieu lui avait fait. Il descendait les marches et il y avait cette joie, cette paix sur son visage, la tranquillité. Alors j’ai dit : « Raconte-moi tout. Nous ne t’avons pas vraiment vu depuis quatre ou cinq jours. Raconte-nous ce que tu fais et ce qui se passe. » Il a dit : « C’est la première fois que j’ai reçu toute la musique pour ce que je veux enregistrer, sous la forme d’une suite, la première fois que j’ai tout, tout prêt. ») – Alice Coltrane, interview avec Ashley Kahn, 2001

De nombreuses personnes se sont plongées dans A Love Supreme pour atteindre, consciemment ou inconsciemment, un état second. Cette œuvre est par nature méditative et peut induire l’état méditatif à son audition.
Des peintres s’en servent de toile musicale pour peindre leurs propres toiles, des poètes en font la « bande originale » de leur propre vie.

EXERCICE : A Love Supreme, une écoute méditative

Assurez-vous de ne pas être dérangé pendant trente-trois minutes.
Dans un environnement calme et exempt de toute perturbation, dans une semi-pénombre comme celle qui régnait dans le studio où l’enregistrement a eu lieu, placez-vous dans une position confortable propice à l’écoute.
Lancez le disque et accueillez toutes les sensations qui se présentent à vous. Fermez les yeux si vous en ressentez le besoin, laissez votre corps se détendre où se tendre en fonction des émotions musicales.
Bon voyage avec le saxophone mais aussi la voix de John Coltrane. A love supreme, a love supreme, a love supreme, a love supreme…

Charlie Parker par Steve Coleman

charlie-parker-300x300Une analyse stylistique de la musique de Charlie Parker (avec de nombreuses transcriptions) par un des grands saxophonistes actuels: Steve Coleman: c’est ici (en anglais).

De plus nous avons la chance d’avoir cet article entièrement traduit en français par Adrien Reboul (voir ce pdf), merci à lui!

Dave Liebman Interviewé par Jean-Charles Richard

Interview de Dave Liebman, saxophoniste de Jazz et président de l’IASJ (International Association of Schools of Jazz), par Jean-Charles Richard en décembre 2015.

Les sujets abordés vont de la situation sur l’enseignement et de la pratique du jazz, à la découverte et renouvellement des publics, en passant par le contenu des enseignements et le dialogue avec d’autres disciplines, le tout en lien avec la journée d’étude du 29 janvier 2016 à Amiens

Histoire du saxophone baryton par Jean-Charles Richard

Dans le cadre de l’émission « le Matin des musiciens » présenté par Arnaud Merlin sur France Musique (le mardi de 11h à 12h30), Jean-Charles Richard retrace l’histoire du saxophone baryton dans le Jazz.
Ecoutez l’émission du mardi 11 décembre 2012: