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La méditation et le jazz 3 : John Coltrane et la méditation

La genèse de l’album A Love Supreme est un bel exemple du rôle que peut tenir la méditation dans la création musicale.

Comme il l’exprime lui-même dans l’extrait ci-dessous, John Coltrane s’éveille à la spiritualité en 1957 :

« In the year of 1957, I experienced, by the grace of God, a spiritual awakening, which was to lead me to a richer, fuller, more productive life. »
[TRADUCTION]
(« En 1957, j’ai fait l’expérience, par la grâce de Dieu, d’un éveil spirituel, qui m’a conduit à une vie plus riche, plus peine, plus productive. ») – John Coltrane, liner notes, A Love Supreme 1964

Il s’intéresse alors à toutes les traditions religieuses et découvre ainsi la méditation.

« John was already interested in Eastern philosophy. Even though his family was Christian, he studied various other faiths, everything from metaphysics, Cabala, Hindu mysticism, Sufism, Buddhism, Islam and Judaism to numerology and astrology. In the early sixties John was very much interested in meditation and in the different ways people throughout the world honor God. »
[TRADUCTION]
(« John était déjà intéressé par la philosophie orientale. Même si sa famille était chrétienne, il étudiait d’autres croyances, s’intéressait à toute la métaphysique, la Kabbale, le mysticisme Hindou, le Soufisme, le Bouddhisme, l’Islam et le Judaïsme jusqu’à la numérologie et l’astrologie. Au début des années soixante John était très intéressé par la méditation et par les différentes façons d’honorer Dieu tout autour du monde. ») – Alice Coltrane, interview avec Susan L. Taylor, 1982

Il compose A Love Supreme au cours d’une session de cinq jours de méditation.

« A Love Supreme came from introspection and meditation. He had been upstairs [for maybe] five days. When he came downstairs, it was like Moses coming down from the mountain. It was so beautiful … the gifts God gave him. He walked down and there was that joy, that peace in his face, tranquility. So I said, “Tell me everything. We didn’t see you really for four or five days. Tell us what you’re doing and what’s going on.” He said, “This is the first time that I have received all of the music for what I want to record, in a suite, the first time I have everything, everything ready. »
[TRADUCTION]
(« A Love Supreme est né de l’introspection et de la méditation. Il [John] est resté à l’étage pendant [peut-être] cinq jours. Quand il est redescendu, c’était comme Moïse descendant de la montagne. C’était si beau… le cadeau que Dieu lui avait fait. Il descendait les marches et il y avait cette joie, cette paix sur son visage, la tranquillité. Alors j’ai dit : « Raconte-moi tout. Nous ne t’avons pas vraiment vu depuis quatre ou cinq jours. Raconte-nous ce que tu fais et ce qui se passe. » Il a dit : « C’est la première fois que j’ai reçu toute la musique pour ce que je veux enregistrer, sous la forme d’une suite, la première fois que j’ai tout, tout prêt. ») – Alice Coltrane, interview avec Ashley Kahn, 2001

De nombreuses personnes se sont plongées dans A Love Supreme pour atteindre, consciemment ou inconsciemment, un état second. Cette œuvre est par nature méditative et peut induire l’état méditatif à son audition.
Des peintres s’en servent de toile musicale pour peindre leurs propres toiles, des poètes en font la « bande originale » de leur propre vie.

EXERCICE : A Love Supreme, une écoute méditative

Assurez-vous de ne pas être dérangé pendant trente-trois minutes.
Dans un environnement calme et exempt de toute perturbation, dans une semi-pénombre comme celle qui régnait dans le studio où l’enregistrement a eu lieu, placez-vous dans une position confortable propice à l’écoute.
Lancez le disque et accueillez toutes les sensations qui se présentent à vous. Fermez les yeux si vous en ressentez le besoin, laissez votre corps se détendre où se tendre en fonction des émotions musicales.
Bon voyage avec le saxophone mais aussi la voix de John Coltrane. A love supreme, a love supreme, a love supreme, a love supreme…

La méditation et le jazz 2 : Une « pleine écoute »

Avant même de produire un son, le musicien doit se mettre en état d’écoute. Il doit se préparer à recevoir les sons de ses compagnons de jeu ainsi que ceux qu’il va produire lui-même et avec lesquels il va interagir en temps réel. Il doit aussi et surtout écouter le silence sur lequel il va poser sa musique. Nous le savons, c’est à la qualité de ce silence que l’on reconnaît les grands musiciens (les fameux silences de Miles Davis…).

Comme toute chose, l’écoute s’apprend, l’écoute se travaille. Ce n’est pas simplement quelque chose que l’on obtient, vendue en lot avec ses oreilles, à la naissance.

Nous avons l’habitude de travailler notre « oreille relative », notre « oreille harmonique », notre « oreille diatonique » dans la perspective de reconnaître les sons (« Ear training ») mais nous travaillons moins souvent notre concentration d’écoute.

C’est en cela que la pleine conscience peut nous aider.

La posture d’écoute « totale » ne se limite pas à l’écoute par les oreilles. Le corps peut complètement se mettre en position d’écoute. Lorsque l’on écoute son corps, lorsque l’on prend conscience de l’ensemble des sensations qui le parcourent, des pieds jusqu’à la tête, on se trouve déjà dans une position de réception de tous types de stimuli extérieurs, des images, des sons, des senteurs, etc.

La pleine conscience nous apprend à nous rendre ainsi disponible au monde extérieur, être attentif pleinement aux autres et à la nature. En utilisant ce type de posture, le musicien se rend plus disponible à la musique et à l’interaction.

EXERCICE

Vous pouvez apprendre à vous mettre à l’écoute avec votre corps en pratiquant l’exercice du « body scan » ou « balayage corporel ».
Allongé ou assis dans une position assise stable, fermez les yeux et concentrez-vous sur votre respiration. Après deux ou trois respirations, placez votre concentration sur votre pouce droit, vous allez peut-être y sentir un léger picotement. Déplacez ensuite votre concentration sur l’index, puis sur les autres doigts, un par un. Remontez le long du bras et ainsi de suite, parcourez l’ensemble de votre corps. Une fois que vous avez passé en revue toutes les parties de votre corps, vous pouvez le sentir plus globalement, les bras entiers, les jambes, et ainsi de suite jusqu’à sentir l’ensemble de votre corps.
Vous pouvez alors prendre conscience des sons qui vous entourent. Vous constaterez qu’ils sont présents à vous d’une autre façon. Amusez vous à « écouter » avec vos bras, avec vos jambes. Ces sensations vous seront peut-être déjà familières, car la musique, grâce au rythme notamment, se perçoit avec l’ensemble du corps. C’est peut-être là une des raisons qui la rendent envoûtante, magique…