La méditation et le jazz 9 : Sonny Rollins et le Yoga sūtra de Patañjali

En 1959, Sonny Rollins décide d’interrompre sa carrière pendant deux ans pour reprendre en profondeur sa technique instrumentale et entreprendre une recherche spirituelle en s’initiant au yoga.

Quelques années plus tard, il entreprend un voyage en Inde pour, selon ses dires, trouver « l’illumination ». Il étudie dans un ashram près de Bombay.

« A lot of people think of yoga as the exercises ― hatha yoga ― which is only one form. There are other forms of yoga, and they are more contemplative, introspective, meditational. The thing is this : When I play, what I try to do is to reach my subconscious level. I don’t want to overtly think about anything, because you can’t think and play at the same time ― believe me, I’ve tried it (laughs). It goes by too fast. So when you’re into yoga and when you’re into improvisation, you want to reach that other level. »
[TRADUCTION]
(« Beaucoup de gens pensent que le yoga se limite aux exercices physiques, le hatha yoga. Il y a d’autres formes de yoga, ils sont plus contemplatifs, introspectifs, en lien avec la méditation. Quand je joue, j’essaye d’atteindre mon niveau subconscient. Je ne veux penser à rien, parce que vous ne pouvez pas jouer et penser en même temps – croyez-moi, j’ai essayé (rire). Ça va trop vite. Donc quand vous pratiquez le yoga et que vous improvisez, vous voulez atteindre cet autre niveau. ») – npr.org
« You can’t do it, it’s moving too fast. You can’t stop and think, « Oh, I’ll play a little lick here, that will sound cute. » So I just let whatever it is come. The music forms itself. »
[TRADUCTION]
(« Vous ne pouvez pas le faire, ça va trop vite. Vous ne pouvez pas vous arrêter et penser : « Oh, je vais jouer cette phrase là, ça va bien sonner ». Donc j’accueille tout ce qui vient. La musique se forme d’elle-même. ») – Sonny Rollins, interview avec Martin Gayford.

Sonny Rollins à Bombay, à la fin des années 1960…

Sur son album « Road Shows Vol. 3 » de 2014, apparaît une nouvelle composition qui a pour titre Patañjali, du nom du sage hindou qui a mis par écrit les Yoga sūtra, le plus ancien texte décrivant les pratiques du yoga.

« Le Yoga sūtra ou Yogasūtra (sanskrit en devanāgarī : योगसूत्र), on emploie aussi le pluriel : Les Yoga sūtra (Yogasūtrāṇi), de Patañjali, abrégé Y.S., est un recueil de 195 aphorismes (sūtra), phrases brèves, laconiques, destinées à être facilement mémorisées. Ce texte qui comprend 1161 mots est la base du système philosophique appelé yoga, yoga de Patañjali ou encore sāṃkhya-yoga en raison de sa connexion intime avec le darśana (point de vue/méthode) appelé sāṃkhya.
Cette œuvre, probablement rédigée ou compilée entre 200 av. J.-C. et 500 apr. J.-C., est le texte qui a codifié ou systématisé le yoga et sur lequel s’appuie le rāja yoga (yoga royal). Son influence sur la philosophie et sur la pratique du yoga est aussi forte aujourd’hui que lorsqu’elle a été écrite. » – Wikipedia

C’est un texte purement pratique qui exclut par principe toute adoration religieuse et se concentre sur les phénomènes physiques et mentaux.

À travers la maîtrise de huit secteurs d’activité (posture, respiration, méditation, etc.), le pratiquant se libère des fluctuations du mental qui créent la souffrance, et atteint l’illumination. Cela permet également à l’être humain de se développer dans sa globalité.

« I was into many things. I was into Rosicrucianism, I studied Buddhism, Kabbalah, even ― I was really into those philosophies of life, as were some of my compatriots. We were trying to find a way to express life through our improvisations. The music has got to mean something. Jazz improvisation is supposed to be the highest form of communication, and getting that to the people is our job as musicians.
I’m not supposed to be playing, the music is supposed to be playing me. I’m just supposed to be standing there with the horn, moving my fingers. The music is supposed to be coming through me; that’s when it’s really happening. »
[TRADUCTION]
(« J’étais impliqué dans pas mal de choses, le Rosicrucianisme, le bouddhisme, même la Kabbale. J’étais vraiment dans ces philosophies de vie, tout comme certains de mes compatriotes. Nous essayions de trouver une façon d’exprimer ce qu’est la vie au travers de nos improvisations. La musique doit signifier quelque chose. L’improvisation jazz est censée être la plus haute forme de communication, et transmettre cela aux gens est notre travail de musiciens.
Je ne suis pas censé jouer, la musique est censée me jouer. Je suis juste censé être là, debout avec mon saxophone en bougeant les doigts. La musique est censée venir à travers moi ; c’est ainsi que ça fonctionne vraiment. ») – npr.org

EXERCICE : Travail sur la respiration

Cet exercice de respiration utilise des techniques issues du Prāṇayāma, l’une des branches du Yoga décrites par Patañjali.
« Prāṇayāma est la discipline du souffle au travers de la connaissance et le contrôle du prāṇa, énergie vitale universelle. » – Wikipedia
Cet exercice peut se faire en début de méditation. Il permet de détendre le corps, calmer le mental et accéder plus aisément au silence intérieur.
1. Asseyez-vous de façon stable, accroupi ou sur une chaise, si vous n’avez pas l’habitude de cette position.
2. Fermez les yeux.
3. Prenez conscience de votre corps, de votre respiration. Visualisez la le plus bas possible. Une respiration abdominale détend également le plexus solaire.
4. Vous allez maintenant inspirer en imaginant qu’un courant d’énergie remonte du bas de votre ventre – là où vous avez visualisé le point le plus bas de votre respiration – jusqu’au sommet de votre crane. Ce courant va ensuite se diriger vers le point où se rejoignent les sourcils, en faisant le chemin inverse de l’air qui descend dans les poumons.
5. Une fois l’inspiration terminée, vous pouvez bloquer votre respiration quelques secondes, sans forcer, puis vous expirerez en imaginant que l’énergie redescend, par le chemin inverse d’où elle est montée ; Vous pouvez imaginer que ce chemin suit votre colonne vertébrale.
Vous pouvez faire vingt respirations pour commencer puis augmenter le nombre quand vous êtes à l’aise avec la pratique, jusqu’à quarante respirations. À vous de trouver votre équilibre et sentir le nombre qui vous convient.
En général, on constate une détente profonde au bout d’une vingtaine de respirations environ, mais ce n’est pas une règle absolue, comme tout ce qui concerne ce type de pratique. Chacun doit trouver son équilibre propre.

 

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