La méditation et le jazz 13 : Le concept d’«expérience optimale» de Mihaly Csikszentmihalyi

Mihaly Csikszentmihalyi est un psychologue hongrois né en 1935 qui a consacré toute sa carrière à l’étude du bonheur. En s’appuyant sur sa méthode de l’Experience Sampling Method (ESM), il démontre que celui-ci est engendré par la survenue régulière d’un phénomène qu’il appelle l’expérience optimale, ou expérience flot (« flow » en anglais), et non par le fait de posséder des richesses.

« Plusieurs outils d’autodescription ont été créés afin d’étudier les éléments de nature instable et les phénomènes subjectifs liés au flow, tels que les entretiens qualitatifs, les questionnaires et la méthode d’échantillonnage des expériences (Experience Sampling Method – ESM) (Csikszentmihalyi & Larson, 1984 ; Csikszentmihalyi & LeFevre, 1989 ; Nakamura & Csikszentmihalyi, 2002 ; Scollon, Kim-Prieto, & Diener, 2003). Un grand nombre de chercheurs ont utilisé l’ESM. Cette méthode consiste à répondre à un court questionnaire lorsque la sonnerie d’un télé-avertisseur retentit. » – https://fr.wikipedia.org/wiki/Flow_(psychologie)
« La richesse, la gloire et le pouvoir sont devenus dans notre culture de puissants symboles de bonheur (le rêve américain). Lorsque nous voyons des gens riches et célèbres, nous supposons que leur vie est exaltante ; pourtant, elle est souvent misérable et certainement pas plus heureuse que celles des gens ordinaires. De fait, l’individu qui devient riche ou célèbre peut se considérer plus satisfait pour un temps, mais il s’habitue à son style de vie puis ses attentes ou ses exigences augmentent, de sorte qu’il lui faudra toujours plus. Ces symboles sont d’autant plus décevants qu’ils distraient les gens de ce qu’ils sont censés représenter. Ce n’est donc pas, répétons-le, ce que nous possédons qui améliore la qualité de la vie, mais ce que nous éprouvons vis-à-vis de nous-mêmes. »
(Vivre : La psychologie du bonheur, Mihaly Csikszentmihalyi, p.74, Édition Robert Laffont)

Il nous donne les conditions de cette « expérience optimale ».

« L’engagement dans une tâche précise (un défi) qui fournit une rétroaction immédiate, qui exige des aptitudes appropriées, un contrôle sur ses actions et une concentration intense ne laissant aucune place aux distractions ni aux préoccupations à propos de soi et qui s’accompagne généralement d’une perception altérée du temps constitue une expérience optimale (une expérience flot).
[…] Comme conséquence : meilleure performance, créativité, développement des capacités, estime de soi et réduction du stress. Bref, elle contribue à la croissance personnelle, apporte un grand enchantement et améliore la qualité de la vie.»
(Vivre : La psychologie du bonheur, Mihaly Csikszentmihalyi, p.77, Édition Robert Laffont)
« La phénoménologie de l’expérience optimale […] comporte huit caractéristiques majeures :
1. la tâche entreprise est réalisable mais constitue un défi et exige une aptitude ;
2. l’individu se concentre sur ce qu’il fait ;
3. la cible visée est claire ;
4. l’activité en cours fournit une rétroaction immédiate ;
5. l’engagement de l’individu est profond et fait disparaître toute distraction
6. la personne exerce un contrôle sur l’action
7. la préoccupation de soi disparaît, mais, paradoxalement, le sens du soi est renforcé à la suite de l’expérience optimale ;
8. la perception de la durée est altérée ; »
(Vivre : La psychologie du bonheur, Mihaly Csikszentmihalyi, p.79, Édition Robert Laffont)

Par la pratique de la musique nous pouvons atteindre l’expérience optimale. La méditation est un outil puissant pour augmenter les chances de l’atteindre dans ce cadre.

Pratiquer la musique est un comportement. Sans expérience intérieure, elle n’a aucun sens. Quelle différence entre jouer de la guitare et passer le balai si nous ne vivons rien intérieurement ? La méditation nous aide à augmenter nos chances de faire de cette pratique une expérience intérieure intense, voir extatique.

Dans l’extrait suivant, Herbie Hancock décrit de manière très claire comment il a éprouvé l’expérience optimale grâce à la musique et la méditation :

J’ai demandé au groupe de jouer Toys, un morceau que nous n’avions jamais joué en concert et qui commence par un solo de basse acoustique, laquelle est l’instrument le plus doux dans le groupe par nature. De la basse acoustique sans amplification.
Alors Buster Willliams s’est mis à jouer l’introduction. Et ce qui est sorti de lui était quelque chose que je n’avais jamais entendu auparavant. Et non seulement je ne l’avais pas entendu de lui, mais je n’avais jamais entendu cela nulle part. C’était de la beauté pure et des idées… c’était magique. Magique. Et le public devenait fou, c’était incroyable.
Je l’ai laissé jouer longtemps, peut-être dix ou quinze minutes. Il enchaînait les idées musicales, plein d’inspiration. Et puis j’ai senti que je me réveillais juste avant de commencer à jouer la mélodie du morceau. Et je peux dire que le reste du groupe s’est réveillé et il y avait comme une énergie générée par Buster. Nous avons joué le set et c’était comme de la magie. Quand nous avons fini, beaucoup de gens sont venus devant la scène et nous ont tendu leurs mains pour serrer les nôtres. Il y en avait qui pleuraient tellement ils avaient été émus par la musique. Elle avait un caractère sacrée également.
Je savais que Buster était le catalyseur de tout cela, donc je l’ai emmené dans les loges et je lui ai dit : « Buster, j’ai entendu dire que tu t’intéresses à une nouvelle philosophie ou quelque chose, et si cela peut te faire jouer de la basse comme ça, je veux savoir ce que c’est.
Son regard s’est éclairé et il m’a dit : « J’ai médité longuement pour trouver un moyen de te parler de cela. » Et j’ai dit : « Quoi ? De la méditation ? Qu’est-ce que c’est ? » – beliefnet.com

Pour plus d’information : https://adejazz.com/la-meditation-et-le-jazz-8-herbie-hancock-et-la-psalmodie

Mihaly Csikszentmihalyi nous livre également sa vision du lien entre musique et expérience optimale :

« La musique est une information auditive structurée qui aide à organiser l’esprit, qui réduit l’entropie psychique ou le désordre qui assaille la conscience lorsque n’importe quelle information non pertinente s’introduit. L’écoute de la musique chasse l’ennui et l’anxiété et induit souvent l’expérience optimale.
[…] Le plaisir associé à la musique est encore bien plus grand pour celui qui peut faire de la musique. […] Platon recommandait d’enseigner la musique aux enfants avant toute chose ; la découverte d’harmonies de de rythme gracieux, pensait-il, devait favoriser l’ordre de la conscience. Pourtant, notre culture insiste peu sur l’importance des aptitudes musicales chez les enfants. Lorsqu’il y a des coupures à faire dans les budgets des écoles, ce sont les cours de musique (ainsi que les cours d’art et d’éducation physique) qui sont éliminés. Même si les aptitudes en ces domaines peuvent grandement contribuer à l’amélioration de la vie, elles sont considérées comme superflues dans le contexte actuel. »
(Vivre : La psychologie du bonheur, Mihaly Csikszentmihalyi, p.170, 173, 174, Édition Robert Laffont)

L’expérience optimale, un argument contre la restriction des budgets de la culture…

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