La méditation et le jazz 1 : Pourquoi le jazz et la méditation ?

J’ai commencé il y a quelques années une réflexion autour du jazz et de la méditation suite à la lecture de deux ouvrages qui restent pour moi des références : « Effortless Mastery » de Kenny Werner, et « Forward Motion » d’Hal Galper. De plus, j’ai constaté que certains des plus grands jazzmen s’y sont intéressés de très près, comme John Coltrane, Herbie Hancock ou Wayne Shorter.

Cette démarche m’a conduit à mener des expérimentations dans le domaine artistique ainsi que dans le domaine pédagogique et il m’a paru intéressant de rendre compte ici de ces recherches, étant de plus en plus persuadé qu’elles peuvent nourrir la pratique de nombre d’entre nous.

Je publierai donc une suite d’articles sur ce sujet. Je précise également que ma démarche se situe dans la plus stricte laïcité, même si le domaine de la méditation touche celui de la spiritualité et des religions.

Dans ce premier article, je souhaite exposer en quoi il me paraît pertinent de faire ces publications.

Tout d’abord, la méditation explore les différents états de la conscience en interaction avec les sensations du corps. Il ne peut être qu’enrichissant d’interroger les postures musicales dans cette perspective. Le méditant cherche la paix intérieure en sortant de l’état de « rumination ».

« Quand on observe le processus de la rumination, il est facile de voir à quel point elle constitue un facteur de perturbation. Il est impératif de se libérer des chaînes de réactions mentales que le ressassement entretient sans cesse. Il faudrait apprendre à laisser les pensées s’élever et se dissiper dès qu’elles apparaissent, au lieu de les laisser envahir notre esprit. Dans la fraîcheur du moment présent, le passé n’est plus, le futur n’est pas encore advenu. » (Matthieu Ricard, Wolf Singer, Cerveau et méditation 2017).

Tous les musiciens savent consciemment ou inconsciemment que la rumination nuit à l’exécution musicale : les erreurs arrivent lorsque l’on commence à les redouter ou les anticiper.

Ensuite, la musique comme la méditation a un lien très fort avec la notion de temps. Comme le note Francis Wolf :

« […] L’art des sons est le seul qui n’aurait besoin que du temps. […] La musique peut se passer de toute spatialité mais non de la temporalité. Le lien qu’elle a avec elle est beaucoup plus intime que tout autre art. » (Francis Wolf, Pourquoi la musique ? 2015)

Qu’en est-il de la méditation ? La pleine conscience, c’est justement se connecter au moment présent pour le vivre le plus pleinement et sereinement. N’est-ce pas là ce que recherche tout musicien au sein de son art ? Une immersion la plus complète et la plus sereine dans l’instant musical ? La pleine conscience serait-elle un moyen pour le musicien de rentrer en phase avec son art ?

La méditation nous aide donc à rester dans le moment présent, dans la concentration. Comme le mentionne Kenny Werner, le musicien est un canal par lequel passe la musique.

Le cas du jazz et des musiques improvisées, outre le fait qu’il me concerne plus personnellement que d’autres musiques plus écrites, me semblent particulièrement intéressant à étudier dans cette perspective. Ces musiques ont la particularité de s’inventer partiellement ou complètement dans le moment présent. Les musiciens qui pratiquent un haut niveau d’interplay se retrouvent aux commandes d’un moment que l’on pourrait qualifier de « pleine conscience créatrice ».

EXERCICE : « Sortir de la rumination »

Allongé ou assis dans une assise position stable, fermez les yeux. Faîtes le vide autant que possible dans votre esprit. Vous pouvez observer l’obscurité produite par les yeux fermés.
Immanquablement, des pensées vont surgir dans votre esprit. Il ne faut pas essayer de les empêcher de surgir, cela est impossible. Par contre, vous pouvez les observer puis vous en libérer pour revenir à l’état de silence intérieur. Chaque fois qu’une pensée survient, n’en soyez pas contrarié mais félicitez-vous lorsque vous l’avez libéré.

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